Pascal - Pensée 136

j'ai dit souvent que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre.



I have often said that the sole cause of man’s unhappiness is that he does not know how to stay quietly in his room.


Racine - Phedre

“J’ai concu pour mon crime/ une juste

J’ai pris la vie en haine, / et ma flamme en horreur.

Je voulais en mourant /prendre soin de ma gloire

(310) Et derober au jour/ une flamme si noire:

Je n’ai pu souvenir tes larmes, tes combats;

Je t’ai tout avoue; je ne m’en repens pas,

Pourvu que de ma mort respectant les approaches,

Tu ne m’affliges plus par d’injustes reproches,

(315) Et que tes vains secours cessant de rappler

Un reste de chaleur tout pret a s’exhaler” 

 


“I have understood a worthy terror for my crime

I held life in hatred, and my passion in horror;

I wished in death to preserve my reputation,

(310)   And to conceal in the light of day a flame so black:

I have not been able to withstand your tears, your challenges;

I have confessed everything to you, I do not regret it,

So long as you respect the approaches of my death

And no longer grieve me with unjust reproaches

(315)    And that you cease your futile aid of calling back

The rest of a flame already dispersed”

La Rochefoucauld - Maxim 36

 Il semble que la nature, qui a si sagement dispose les organes de notre corps pour nous rendre heureux, nous ais aussi donne l’orgueil pour nous speargner la douleur de connaitre nos imperfections.


 It seems that nature, which has so wisely disposed the organs of our bodies to render us happy, has also given us pride to spare us the grief of knowing our imperfections.”

 

Baudelaire - Spleen 77

 

Je suis comme le roi d'un pays pluvieux,
Riche, mais impuissant, jeune et pourtant très vieux,
Qui, de ses précepteurs méprisant les courbettes,
S'ennuie avec ses chiens comme avec d'autres bêtes.
Rien ne peut l'égayer, ni gibier, ni faucon,
Ni son peuple mourant en face du balcon.
Du bouffon favori la grotesque ballade
Ne distrait plus le front de ce cruel malade;
Son lit fleurdelisé se transforme en tombeau,
Et les dames d'atour, pour qui tout prince est beau,
Ne savent plus trouver d'impudique toilette
Pour tirer un souris de ce jeune squelette.
Le savant qui lui fait de l'or n'a jamais pu
De son être extirper l'élément corrompu,
Et dans ces bains de sang qui des Romains nous viennent,
Et dont sur leurs vieux jours les puissants se souviennent,
II n'a su réchauffer ce cadavre hébété
Où coule au lieu de sang l'eau verte du Léthé


 

I am like the king of a rainy land

Wealthy, but powerless, young and yet old

Who, scorns the tutors who scrape and bow

And is bored with the dogs as with other animals.

Nothing can amuse him, not game nor hawk,

Nor his people dying in front of his balcony. 

The ridiculous ballad of his favorite jester

No longer amuses the brow of the vicious maniac;

His fleur-de-lise bed is transformed into a grave

And the ladies of the finery, for whom every prince is beautiful 

No longer know how to discover some indecent clothing 

To draw a smile from this young skeleton.

The savant who makes his (the king) gold has never been able 

To extract from him this corrupted element, 

And in these baths of blood that come to us from the Romans

And who in their ancient days the powerful remember,

That he did not know how to warm this dazed corps

In which flows in the place of blood the green water of Lethe. 

Baudelaire - Paysage

 

Je veux, pour composer chastement mes églogues,
Coucher auprès du ciel, comme les astrologues,
Et, voisin des clochers écouter en rêvant
Leurs hymnes solennels emportés par le vent.
Les deux mains au menton, du haut de ma mansarde,
Je verrai l'atelier qui chante et qui bavarde;
Les tuyaux, les clochers, ces mâts de la cité,
Et les grands ciels qui font rêver d'éternité.

II est doux, à travers les brumes, de voir naître
L'étoile dans l'azur, la lampe à la fenêtre
Les fleuves de charbon monter au firmament
Et la lune verser son pâle enchantement.
Je verrai les printemps, les étés, les automnes;
Et quand viendra l'hiver aux neiges monotones,
Je fermerai partout portières et volets
Pour bâtir dans la nuit mes féeriques palais.
Alors je rêverai des horizons bleuâtres,
Des jardins, des jets d'eau pleurant dans les albâtres,
Des baisers, des oiseaux chantant soir et matin,
Et tout ce que l'Idylle a de plus enfantin.
L'Emeute, tempêtant vainement à ma vitre,
Ne fera pas lever mon front de mon pupitre;
Car je serai plongé dans cette volupté
D'évoquer le Printemps avec ma volonté,
De tirer un soleil de mon coeur, et de faire
De mes pensers brûlants une tiède atmosphère.


 

I want, in order to chastely compose my eclogue, 

To sleep close to the sky, like an astronomer,

And, near the steeples to listen in reverie 

To the solemn hymns blown away by the wind.

Both hands at the chin, high in my attic

I will see the studio which sings and gossips;

The hoses, the steeples, these flags of the city, 

And these grand skies that make one dream of eternity.

 

It is soft, through the haze, of seeing the birth 

Of stars in the ether, the lamps in the window

The rivers of coal ascend to the firmament 

And the moon pours out its pallid enchantment.

I will see spring, summer, and fall

And when winter comes in dreary snow, 

I will shut ever door and shutter

In order to build in the night my magical palace. 

Then I will dream of bluish horizons,

Of gardens, of springs of water crying into alabaster,

Of kisses, of birds singing morning and evening,

And all this that the Idle has most childlike. 

Riot, storming vainly at my window,

Will not make me raise my brow from my desk;

Because I will be plunged into this delight

From invoking the Spring with my will,

From pulling the sun with my heart, and making

Of my burning thoughts a tepid atmosphere.